Chad expose depuis l'âge de 15 ans, avant d’entrer au lycée. Après avoir suivi un cursus lettres et arts plastiques au lycée, il entre aux beaux-arts de Fort de France en Martinique, puis, après seulement deux années aux beaux-arts, il entre de plein pied dans le monde de l'art. Ses oeuvres sont présentes dans plusieurs collections particulières, privées et publiques dans le monde.

En 1995, il fonde l'ESPACE CHADRU, un centre d'art contemporain associatif, dans lequel il a enseigné jusqu'en 2024. Il a aussi enseigné dans des collèges et lycées, des centres de formation pour adultes et à l’université.

En 2015, il obtient un Master en Management des organisations et soutient un mémoire en Développement culturel. Il exerce depuis les activités d’ingénieur culturel, critique d'art, commissaire d'exposition et scénographe, et devient chercheur en économie, où il développe une thèse sur les questions liées aux difficultés que rencontre l'art afrodescendant franco-caribéen pour accéder au marché international.

En 2025, il fonde la Chad Art Academy, dans laquelle il enseigne un programme d'initiation aux arts visuels, du loisir à la création de niveau professionnel, par la méthode MALI (Méthode Artistique Ludique et Intuitive).

Il a également été thérapeute en EPSM (Etablissement Public de Santé Mentale) et est également chercheur en Psychosociologie. Il a publié en 2012 (réédition en 2023), après plus de 25 années de recherche, un ouvrage qui présente une méthode inédite de développement personnel : la MC2 (Méditation Consciente et Créative), issue de ses travaux de recherche sur les mécanismes de conditionnement et de soumission des masses, les théories et pratiques psychothérapeutiques, les pratiques méditatives et le processus de création en art.

Paysage de bord de mer n°2, huile sur bois, 23cm x 21cm, 1983

A la recherche de l'origine des choses

N'ayant aucune vocation, ni aucune prédisposition pour la création artistique, CHAD dessine et peint, dès l'enfance, pour combler son impuissance à s'exprimer par les mots, à cause d'un problème d'élocution. Hyper introverti, il s'enferme en lui-même et trouve dans cette forme d'art muet et solitaire, une manière d'exister, de dire ce qu'il ne peut exprimer par la parole, sans se soucier de ses lacunes à représenter les choses.

Mais les multiples interrogations sur lui-même et sur le monde prennent très vite le pas sur son simple besoin d'exister. Ainsi, il va utiliser cette faculté pour interroger sa culture, sa société, le monde. Ainsi, son expression graphique et picturale va devenir un instrument de recherche artistique, et aussi sociologique. 

Le grand arbre après l'ouragan, pierre noire sur papier, 30x42cm,1989

Depuis le début, la recherche artistique de CHAD questionne le mystère de l’origine des choses, de la vie, du vivant, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, et va jusqu’à scruter les mécanismes du processus de création et le fonctionnement énergétique de l’être humain. Cette démarche a pour but de tendre vers une conscience éveillée, de chercher à entrevoir la matrice, l’origine des choses, à dissiper l’écran de fumée de la société moderne qui cherche par tous les moyens à dissimuler les vérités et à construire des murs d’illusions.

Autoportrait à la face éclairée, acrylique sur toile, 70cm x 90cm, 1990

Dans son processus créatif, CHAD adopte la posture du mofwazé (être central de la mythologie caribéenne, capable de se métamorphoser et de passer dans différentes dimensions de l’existence, et de percevoir les choses non perceptibles à l’oeil nu), pour aller le plus loin possible dans les profondeurs de son âme, et tenter de découvrir la face cachée des choses, leur profondeur, leur source véritable. Il cherche à percevoir l’origine, la matrice de toute existence, l'âme de toute chose, la source de toute vibration, le processus de création de toute matière et de toute vie : l'énergie qui habite chaque particule de l’univers. Pour cela, il est prêt à passer d'une dimension à l'autre, à franchir les barrières du temps et de l'espace, à devenir l'autre (l'humain, le minéral, l'animal, le végétal), le temps d'une connexion véritable.

Soleils nocturnes n°1, acrylique sur toile 60x80cm 1991

Cette préoccupation s’exprime à travers une recherche sur les origines culturelles, ethnologiques, et anthropologiques des peuples de la Caraïbe (Autoportraits, Soleils magiques, Mémoires vives), à travers une réflexion sur les problématiques sociologiques des peuples caribéens et leur relation toxique avec les empires coloniaux et leurs relents néocolonialistes (Folie passionnelle, Enfants martyrs, Boucliers, fragments, Anthropophagies et créations sous X), pour ensuite questionner la résilience de ces populations face aux adversités du monde moderne (Lumi-naissance, Aquatique, Chemin de lumière, Noir debout, La folie du pouvoir).

Le rituel commence, acrylique et pastel sur bois, 122cm x 122cm, 1992

Cette dernière posture lui permet de construire son approche artistique la plus singulière, qui caractérise désormais son écriture artistique, dans son projet d'apprivoiser l'invisible, de le débusquer, de le mettre à nu, par une recherche approfondie autour d'une forme récurrente, symbolique et hautement signifiante : la forme de la flamme qui jadis avait remplacé la tête des enfant martyrs, et qui est devenue l'objet central de sa recherche, lui permettant de donner la pleine mesure de son expression artistique.

Renaissance 1 (enfants martyrs), huile sur toile, 65cmx80cm, 1996

L’esthétique matricielle : approcher l’origine du vivant

Depuis plusieurs années, CHAD s’adonne à une série d’expérimentations plastiques et techniques qui oscillent entre constance formelle et métamorphose interne, exercée sur une forme, toujours la même (une lentille biconvexe de profil), qui suggère une multitude de choses, sans vraiment les figurer : un oeil, une flamme, un poisson, un bouclier massaï, une pirogue, une vulve, une amande, une feuille... Cette forme est une allégorie du vivant, et, par métaphore, questionne l'existence humaine, se substitue à l'être humain dont elle devient à la fois le corps et l’âme. Ce faisant, elle représente aussi toute forme de vie, minérale, animale, biologique, végétale, spatiale, aquatique, gigantesque et microscopique.

Gestation 1, compression (vieux vêtement, grillage et armature métallique, gravier, sciure de bois), 100x70x40cm 2000

Il s’agit de questionner les limites des codes de perception de la réalité, ceux mis en place par des stratégies intellectuelles, mentales, sensibles et émotionnelles basées sur des apriori historiques, culturels, idéologiques ou spirituels, et sur des interprétations parfois farfelues des mystères qui échappent à la compréhension de l’humain, dans les limites de ses connaissances. Ces stratégies de perception peuvent créer des mythes, des légendes, des lois, des théories et des croyances, érigés souvent en vérités, occultant le caractère impermanent des choses et pour souvent servir des causes funestes.

L'homme sans tête n°1, assemblage de bois peint, huile et acrylique, 70x110cm, 2000

Dans les phases de création de l’artiste, cette forme (ce corps) est maintes fois auscultée, analysée, disséquée et déconstruite, pour mieux en comprendre le fonctionnement et le schéma interne, le processus de matérialisation, l’origine, l'existence. Ce corps est maintes fois refabriqué, retravaillé, construit, dans les matériaux les plus divers, installé dans des espaces toujours différents, pour produire un langage de plus en plus complexe, rendant compte des multiples expériences mises en œuvre pour en découvrir les secrets. L’artiste agit ici comme un chercheur, un scientifique qui tente de découvrir le mystère d’un phénomène inexpliqué, l’alpha et l’oméga, l’intemporel et le périssable : la matrice du vivant.

Fragments n°1, assemblage de bois, 30x20x15cm, 2002

Regarder n'est pas voir

Dans les œuvres de CHAD, l’image et l’objet deviennent les traces d’une réalité éphémère, passagère, changeante, mouvante. Il questionne ainsi la résistance de l’image et de l’objet face au temps. Et l’identité de l’objet se confronte à l’immatérialité de l’image. Les deux se désagrégeant dans l’usure du temps et des éléments internes et externes. Symboliquement, le regardeur est invité à entamer une longue marche invisible pour tenter de connaître l’autre, et ce faisant, de se connaître lui-même. « On ne peut connaître l’autre, et encore moins le juger si l’on n’a pas marché plusieurs lunes dans ses mocassins », dit le proverbe amérindien.

Odyssée (Quand les noirs découvraient l'Amérique), installation (pinces métalliques, bois de coffrage pour la construction, 2018

Regarder n’est pas voir. Regarder est un acte partial et aveugle, tronqué, altéré par le filtre souvent confus du regardeur, de son vécu, de son apriori et de la limite de ses connaissances. Voir relève d’un acte globalisant, un acte de détachement, un aller au plus profond de sa propre vérité, pour enfin se rencontrer, et ce faisant, rencontrer l'autre. Voir c’est aussi tenter de comprendre, de ressentir, de se projeter dans une vérité autre que la sienne propre. Ainsi est la posture du plasticien chercheur CHAD, qui ne s’arrête jamais sur des idées préconçues, qui modifie à chaque fois son angle de vue, son point de vue, pour être sûr de ne rien laisser au hasard de l’inconnu. 

Alpha, oméga 1 (vanité), installation (conques de lambi, herbes fraichement coupées, feuilles séchées), dimensions variables, 2018

Ainsi cette forme, cet objet, cet être, se métamorphose constamment dans l’atelier de l’artiste. Dans cette logique créative, image et imaginaire, matérialisation et dématérialisation se confondent. Mais, dit-on, la mort (la dématérialisation) n’est que le lieu, le passage obligé du renouvellement de la vie (la matérialisation), cette métamorphose perpétuelle, telle l’évaporation de l’eau, qui devient vapeur, nuage, puis neige, pluie ou grêle, pour ensuite fondre et ainsi retrouver son état liquide initial, sans que sa nature énergétique ne change. Mais dans l’approche de CHAD, c’est l’intérieur et l’extérieur de la forme qui changent, pas la forme elle-même dans sa structure de base, tout comme les milliards d’être humains que nous sommes : tous pareils, et pourtant tous différents.

Human nation n°1 (compte à rebours), installation (récipients contenant de l'eau et des liquides colorées en cours d'évaporation), dimensions variables, 2018

L'allégorie du vivant

Pour traduire la ressemblance dans les infinies différences entre chaque être humain, CHAD entasse, installe, place et déplace, casse et reconstitue la forme matricielle avec des fragments de matériaux, des végétaux, des minéraux : coquillages (conques de lambi), paille, bois, charbon, pierres, sable, terre…, et il fabrique la forme, le corps en assemblant ou en retranchant du métal, du bois, en coupant, collant, créant des êtres hybrides. Il rend compte ainsi de la multiplicité des cultures, des histoires, des environnements de vie, de réels et d’imaginaires qui forgent et habitent chaque être humain, et qui le transforme de l’intérieur, dans une mouvement incessant. Une manière aussi, d’évoquer les cosmogonies ancestrales, dont les minéraux et végétaux imputrescibles tels l’ébène ou la pierre, ou encore les métaux inoxydables forcent le passé à rencontrer le présent. 

Chemins de vie, installation (grande toile peinte suspendue, vieilles chaussures entassées, ficelle), dimensions variables, 2018

Et ce travail, il le fait aussi par le dessin, la peinture et le collage, par le geste et la retenue, par le trait, la trace, le jet, la transparence, la superposition, l’opacité de la couleur, la matière et la texture, les coulures et les jus colorés, les matériaux collés, et les matières incrustées. L’expérimentation de la couleur est sans limite pour dire la diversité infinie de l’identité de la forme, qui renait d’elle-même, toujours la même et pourtant jamais la même, toutes pareilles, et toutes différentes.

La posture de l’artiste s'apparente alors à une danse rituelle entre l’intemporel et le périssable, une ritualisation de la naissance et de la mort (apparition et disparition), où la couleur noire devient à elle-seule, matrice de vie, de laquelle des formes lumineuses vivantes, en germination, surgissent. 

Ce noir dans lequel se conçoit la vie, végétale ou animale, et où la vie se meure, selon les croyances des plus fatalistes. Ce noir que traverse l’âme en attente de reconquérir la vie, de refaire jaillir la lumière, éblouissante, sublime métaphore de l’éternité, où la vie passe de l’immatériel au matériel et inversement, dans un rituel éternel (…).

Cosmogenèse n°1, Acrylique sur toile, 150cm x 100cm, 2023

Toute forme de vie provient du noir et du silence : de la racine de l’arbre au foetus animal ou humain, de la sève de l’arbre aux énergies créatrices (l’émotionnel, le mental, le sensitif, le physiologique, le sublimatoire). La lumière et la chaleur ne sont que l’expression de son mouvement incessant. Redevenant inerte, elle retourne à son élément originel, le noir, qu’elle ne voit plus, et le froid qu’elle ne ressent plus. 

En cela, cette forme devient un habitacle, un réceptacle, un véhicule de sens, un lieu de passage, un foyer d’énergie : une matrice de vie, qu’elle évoque et magnifie dans toute sa complexité et dans toute sa simplicité, dans toutes ses strates et dans toutes ses dimensions. Elle lui permet de dire le vivant, de l’avant-naissance à l’après-mort.

Cosmogenèse n°2, Acrylique sur toile, 150cm x 100cm, 2023

L’énergie du regard conscient

Tel l’alchimiste qui transforme la motte de terre en diamant, par cela - même qu’elle était déjà diamant et qu’elle n’attendait que l’énergie du regard conscient pour révéler sa vraie nature, l’art de CHAD est un énoncé, une mise en évidence, traduite par cette forme qu’il convient à chacun d’habiter, de donner vie. Du minéral au végétal, de l’animal à l’humain, elle fait l’inventaire du vivant, explore et habite physiquement et symboliquement tous les éléments : l’air, la terre, l’eau, le feu, l’atmosphère terrestre et l’immensité cosmique, le chaud, le froid, la lumière et l’obscurité. 

Vortex n°1, acrylique sur toile, 60cm x 60cm, 2023

A travers ce carrefour de vie, d’énergie, d’imaginaire, de réel, où passé, présent et futur se confondent, l’artiste manifeste, à sa manière le syncrétisme humain caractéristique du métissage caribéen et universel, le « tout-monde » dont parle Edouard Glissant, mais sans oublier ni minimiser la part essentielle et originelle des civilisations nègres, matrices de l’humanité toute entière. A travers cette forme matricielle, ce carrefour de vie, CHAD manifeste la rencontre et la transformation inévitables de toute forme vivante, de toute culture et de toute société, balayant ainsi tout acharnement à vouloir fractionner, diviser, opposer les humains, pour quelque funeste dessein. 

Submersion n°2 (Derrière le rideau), acrylique sur toile, 60cm x 60cm, 2023

A travers cette démarche, l'artiste, le chercheur, l’humaniste manifeste ainsi la promesse d’une civilisation humaine sortie du chaos, des velléités hégémoniques, des vanités et des folies. Il manifeste l’âme, l’énergie cosmique qui est à l’origine et qui anime toute forme de vie, dont aucune n'est ni inférieure ni supérieure à une autre, mais dont chacune a besoin de l'autre, ne serait-ce que pour maintenir l'équilibre énergétique de l'ensemble.

CHAD (Pierre CHADRU)

Cosmogenèse n°3, acrylique sur toile, 70cm x 50cm, 2023

Natural genesis n° 2025-0130, acrylique sur bois, 20cm x 20cm, 2025